Un peu plus tôt ce mois-ci, je suis tombée sur le vidéoclip du rappeur Webster. Il y dénonce l'absence des Noirs et des autres minorités des cours d'histoire québécois. En ce mois d'histoire des Noirs, je me suis demandé si moi-même je célébrais la diversité ou si, du moins, je tentais par mes propres actions de diminuer le racisme qui perdure. Eh bien non. Alors je me console péniblement en me disant que je ne suis pas seule... Dans l'institution pour laquelle je travaille, aucun mot sur ledit mois. Il faut dire qu'on a promu beaucoup la persévérance scolaire, à grand coup de p'tits ...
Suite à mon dernier article, j'aimerais apporter quelques précisions et pistes de réflexion supplémentaires. D'abord, petit retour historique! Un ami qui partage mon enthousiasme envers le vidéoclip de Webster et Karim Ouellet m'a indiqué que, malgré les propos de la chanson, le projet de donner des couvertures infestées de varioles n'a jamais été mené à terme. En fait, selon mes recherches, un tel projet fut discuté entre deux officiers britanniques, Amherst et Bouquet. Certes, des couvertures provenant d'un hôpital pour varioleux ont été données à des Amérindiens, mais dans un but plus humanitaire que militaire. La variole, à l'époque était aussi ...
MISE EN GARDE : Pour cette journée de la femme, j'avais envie d'aborder un sujet qui me tient à cœur : la pornographie et la place qu'elle réserve aux femmes. Considérant que ce sujet est épineux, je vous prie d'arrêter ici si ce thème vous rend mal à l'aise. Cela dit, je considère que mon texte, dans la perspective que j'utiliserai ici, convient à tout public. Elles regardent, elles non plus L'industrie mondiale de la pornographie se chiffrerait à 57 milliards de dollars. (1) On peut se questionner sur l'apport des femmes à ces profits. En fait - étonnamment, pourrait dire d'autres - ...
Dernièrement, je suis tombée sur deux articles de Christian Rioux (1,2) qui observait qu'hommes et femmes d'État européens remettaient en question le multiculturalisme. Ainsi, le journaliste rapportait les dernières sorties de David Cameron, premier ministre britannique, d'Angela Markel, chancelière allemande et de Nicolas Sarkozy, président français. Les trois constataient ce qui était pour eux l'échec des politiques multiculturelles européennes. Alors que l'Europe s'interroge, on peut se questionner sur le modèle de l'intégration qui s'opère chez nous. Ainsi, dans une lettre ouverte adressée au Devoir, Gérard Bouchard (oui, celui-là même!) ainsi que ses cosignataires (un sociologue, un politologue et un analyste qui a travaillé ...
Dernièrement, mon amie Marianne et moi visionnions le documentaire L'éloge du chiac, du québécois Michel Brault. Le film fait état de l'ambivalence linguistique de la communauté acadienne, prise entre l'anglais, le français et cette langue à la position mitoyenne et souvent dénigrée, le chiac. Si vous avez une petite demi-heure, je vous invite aussi à le regarder. L'exposé de Brault fut à la source d'une discussion très fertile et pertinente avec mon amie. Nous avons élaboré sur le rapport qu'entretient la langue avec la norme mais aussi sur les communautés francophones canadiennes en général. Pour ma part, j'aimerais d'abord aborder cet ...
MISE EN GARDE Je m'apprête à élaborer sur les nombreuses entraves aux principes démocratiques qui ont été observées ces dernières années par le gouvernement de Stephen Harper. J'ai tenté de bien me documenter afin que mes propos soient appuyés par des faits. Cependant, je crois qu'il est important de mentionner que, dans le spectre politique, je suis plutôt d'allégeance sociale-démocrate. Je ne suis affiliée à aucun parti, mais j'ai une tendance à voter à gauche. De plus, je considère que mes connaissances en politique sont en général assez limitées, ce qui pourrait m'empêcher d'avoir une vue d'ensemble. Toutefois, tous les arguments ...
Je vous ai promis une prochaine entrée sur la mode québécoise. On peut se demander pourquoi, après une série d'entrées sur plusieurs enjeux de société, j'ai envie de vous jaser fripes et fringues. En fait, j'ai des intérêts multiples et je ne vois pas pourquoi l'un exclurait nécessairement l'autre. J'ai choisi toutefois de vous causer de mode d'ici. Certains diront que c'est pour se donner bonne conscience : l'achat local, avec le greenwashing actuel, est bien vu. La vraie raison est assez simple : j'apprécie la curiosité, la passion, la créativité et l'originalité. Ces qualités peuvent se retrouver partout : dans ...
Je vous ai promis une prochaine entrée sur la mode québécoise. On peut se demander pourquoi, après une série d’entrées sur plusieurs enjeux de société, j’ai envie de vous jaser fripes et fringues. En fait, j’ai des intérêts multiples et je ne vois pas pourquoi l’un exclurait nécessairement l’autre.
J’ai choisi toutefois de vous causer de mode d’ici. Certains diront que c’est pour se donner bonne conscience : l’achat local, avec le greenwashing actuel, est bien vu. La vraie raison est assez simple : j’apprécie la curiosité, la passion, la créativité et l’originalité. Ces qualités peuvent se retrouver partout : dans des idées ingénieuses, dans des discours novateurs, dans des réflexions étayées… mais aussi dans des vêtements faits mains! Dans cette présentation, Dennis Dutton, un philosophe néo-zélandais, explique que dans l’histoire humaine, la capacité de produire de beaux objets est un avantage évolutif. Ainsi, cela démontre de l’intelligence, de bons contrôles moteurs, des habiletés d’organisation et un esprit éveillé. Nous trouvons que quelque chose est beau quand il est bien fait, de façon talentueuse. J’aimerais faire un parallèle avec la mode. D’un point de vue darwinien, il est parfaitement normal de tripper sur un objet bien conçu. Pour moi, si la mode, par rapport au prêt-à-porter pas cher d’un magasin grande surface, survit, c’est qu’elle fait parfois preuve de qualités qu’on recherche chez l’humain.
Je n’insisterai pas sur mon système de classification, je tenterai, afin d’être fidèle à mes valeurs personnelles, de commencer avec les vêtements ou les bijoux qui m’apparaissent le plus éthiques. Ce sont toutes des pièces que j’ai accumulées avec le temps dans ma garde-robe. Également, je dois aussi noter que j’ai perdu beaucoup de poids dans la dernière année. J’ai donc daté mes photos – quand ce ne sont pas celles des collections officielles – , question de mieux vous situer.
Bijoux et vêtements faits au Québec, de matières recyclées
Mon coup de cœur de cette année va à Créations Encore. La petite entreprise de Patricia Jodoin crée des collections colorées, avec des coupes classiques. Chaque création est unique. Je n’ai pas pu résister à m’acheter le top Brigitte, la jupe Simone, le foulard Thérésa. J’ai déniché la jupe et le foulard à la Gaillarde, le haut chez Folle Guenille (adresses à la fin du billet). Je souhaite ardemment me doter d’une robe Maryline, mais je veux éviter de surconsommer…
Une autre de mes belles découvertes est la collection de Verner, faite par Arianne Séguin Verner. Elle crée des looks un peu gamine, avec des couples simples et un style frais. Encore une fois, chaque pièce est unique. Je me suis procurée la blouse Strawberry, qui criait Angélique quand j’ai visité par mégarde la Gaillarde ce jour-là!
Côté bijoux, je possède de superbes boucles d’oreilles d’Okzoo (à prononcer : au cas où), que j’ai achetées à la Coccinelle jaune. La créatrice Mélanie Casavant a développé une technique pour comprimer des sacs de plastique et ainsi leur donner une deuxième vie. Elle s’en sert pour faire colliers, boucles d’oreille, bracelets, accessoires pour les cheveux, mais aussi des œuvres d’art très sympa.
Lorsque je vous parlais d’ingéniosité, en introduction, je pensais notamment à la collection Otra, des designers Julie Ferrero et Guillaume Darnajou. Il créent en effet des boucles d’oreilles et des colliers… à partir d’anciennes chambres à air de vélo! Les résultats sont très étonnants, comme vous pouvez le constater avec cette paire que je me suis offerte à la Coccinelle jaune.
Il y a une certaine part de provocation dans ce que conçoit Misssoka, de Dana-Marie Dal Bo et Mary-Anne Petrella. Qui penserait en effet à récupérer des pièces d’ordinateur, de domino ou de scrabble pour en faire bagues, boucles d’oreilles, colliers et bracelets? Mais la petite entreprise de St-Henri, pour les personnes plus traditionnelles
, valorise également des bijoux vintage. Voici mes boucles d’oreilles, prises chez la Gaillarde.
T-shirt à valeur ajoutée
La coopérative de solidarité Fibrethik importe du coton équitable et biologique. Elle fait ensuite faire ses vêtements par des entreprises d’économie sociale d’ici. Le tout est très confortable et surtout pas cher : à partir de 15$ pour un vêtement fait au Québec, certifié bio-équitable et produit dans des normes environnementales strictes (génératrice de l’usine écolo, blanchiment au peroxyde, teinture sans métaux toxiques). C’est loin de la haute couture, mais ça convient pour les activités quotidiennes. Pour ma part, j’ai un t-shirt tout simple vert armé, souvenir de la fête éco-bio paysanne, un indispensable pour mon badminton dominical!
Öom est une compagnie qui fait dans les vêtements cousus localement de coton biologique. Leurs lignes restent décontractées, mais ce que j’aime beaucoup, c’est qu’ils ajoutent à leurs produits une touche d’urbanité – et je dirais même de montréalité. Dans ma collection, acquis à la Gaillarde, on retrouve ce t-shirt de coton bio-équitable, où on voit une file de gens attendre l’autobus. J’apprécie qu’on ait illustré la diversité de la métropole. L’homme au journal, la femme coquette à la valise, la vieille dame, la femme enceinte et l’enfant sont tous des personnages que je rencontre quotidiennement.
Vêtements et accessoires faits ici
La boutique Les mains folles héberge Ajna créations, de Anja et Jeremie Bakandika. Leurs pièces d’inspiration ethnique et bohémienne, très colorées et asymétriques ajoutent beaucoup d’exotisme à sa vie quotidienne! De mémoire, je crois aussi que chaque pièce est unique. J’ai opté de mon côté pour un t-shirt, une tunique et une camisole.

Une tunique d'Ajna créations, boucles d'oreilles Okzoo, collier Perles rares - Photo de webcam cheapo (avril 2011 - j'ai dû mettre des épingles à linge pour que la tunique ne soit pas trop grande
)

Une camisole de Ajna créations - un peu trop ample aujourd'hui. J'ai perdu un détail sur la manche, le vêtement n'est pas tout à fait fidèle. (avril 2011 - mille excuses pour la chambre bordélique)
Mélanie Duhaime est l’investigatrice de la marque Slak. Pour cette saison, elle a donné vie à des vêtements aux teintes sombres, agrémentés de touches de jaune ou de rouge. Les vêtements ont une trace de patchwork ici et là, mais beaucoup moins que ceux de la mode récup. Mes pièces préférées allient raffinement et originalité. Cette robe, que j’ai eu le plaisir d’apercevoir chez Folle Guenille, a fait un malheur à mon dernier party de famille. Ses manches, multiples et entrecroisées à l’arrière sont plus qu’inventives. Elles font écho chez moi à une tenue de Jean-Paul Gaultier que j’avais adoré voir sur Nicole Kidman, pour la cérémonie des Oscar de 2003.
Annie 50 est le fruit des efforts du tandem formé par Annie Chagnon, au design et à la confection, et par Amélie Gingras-Rioux, à la commercialisation. La diplômée en design de mode s’inspire des années 50 pour élaborer des vêtements au style classique, féminin et élégant. Du coup, j’ai choisi d’encourager cette équipe pour acheter un essentiel de la garde-robe, comme le disait alors la propriétaire de Folle guenille : le boléro.
Au salon des métiers d’art 2009, j’ai eu l’honneur de rencontrer Cynthia Dinan-Mitchell, une sérigraphiste qui fabrique des sacs à mains. Mon sac Cynthia DM, fait sur mesure, est super résistant et polyvalent. Je l’utilise quotidiennement depuis un an et j’ai assez de place pour y glisser mon ultraportable ou quelques petites emplettes. Les produits de l’artiste deviennent de plus en plus populaires : à l’époque, elle m’avait confié qu’elle avait commencé à engager quelques personnes pour découper les tissus. C’est peut-être une PME en devenir!
Quiconque qui ne souffre pas de daltonisme remarquera que j’ai une certaine affection pour les couleurs vives. Les bijoux de Geneviève et Sophie Dumais ont tout pour me plaire : ils ont l’air de véritables bonbons, tout colorés qu’ils sont! La dernière collection est inspirée d’ailleurs des cocktails, mais c’est sur leur grand classique que mes yeux ont arrêté leur choix quand je suis allée à la Coccinelle jaune.
Catherine Salois confectionne dans son atelier de Bromont les bijoux et accessoires Z créations. Ses bijoux sont chaleureux, modernes et colorés. Chez Coccinelle jaune, j’ai trouvé ce collier tout simple qui me va à ravir.
Dessinés ici, faits ailleurs
La boutique La folia m’a introduite à la marque Équinoxe. Maria Elena crée des vêtements haut en couleurs, avec un petit look bohémien, assez légers puisque confectionnés avec de la rayonne (qui provient, ici, de résidus de bois). Une de ses robes est merveilleuse : je voulais la version bleu et violette, mais trop petite, je me suis ralliée à la verte. J’ai également un haut noir. Les collections vont jusqu’à la taille 2X et sont cousues en Indonésie. La propriétaire affirme que le commerce est équitable, mais je n’ai vu aucune certification pour le confirmer. J’ai aussi acheté, de mémoire, chez Urbaine des champs (boutique de Sutton), une blouse rappelant l’époque médiévale, ainsi qu’un ensemble d’un rouge vif.

Blouse blanche et jupe rouge d'Equinoxe (avril 2011 - vive les épingles et les chambres en désordre!)
Le manufacturier québécois Tricotto dessine ses lignes ici et les fait produire en Europe – en Turquie, notamment. L’équipe formée par Gleason, José et Jacinthe Viens met en marché des vêtements sophistiqués, aux teintes sombres. À La folia, je me suis payé une de leurs tuniques ainsi que quelques t-shirts classiques.

Tunique de Tricotto, collier Caracol (désolée pour le manque de détails : j'ai besoin d'une caméra numérique; mon lit est fait
, avril 2011)
Ma dernière découverte, aussi à La Folia, est la ligne de bijoux Caracol. Ève et Patricia Chagnon ont élaboré des bijoux colorés, modernes et féminins. J’adore! Toutefois, la fabrication ne se fait pas au Québec.
Les adresses
La Gaillarde
4019, rue Notre-Dame Ouest
Métro Place Saint-Henri
Montréal (Québec)
H4C 1R3
http://www.lagaillarde.blogspot.com/
La coccinelle jaune et Folle guenille (même adresse)
4236 Rue Sainte-Catherine Est
Montréal (Québec)
H1V 1X3
http://www.coccinellejaune.com/
http://www.folleguenille.com/
Les mains folles
4427, rue Saint-Denis
Montréal (Québec)
H2J 2L2
http://www.ajnacreations.com/
Urbaine des champs
17-C Principale Nord
Sutton (Québec)
La folia
1281, av Van Horne
Montréal (Québec)
H2V 1K5
http://www.lafolia.ca/
MISE EN GARDE
Je m’apprête à élaborer sur les nombreuses entraves aux principes démocratiques qui ont été observées ces dernières années par le gouvernement de Stephen Harper. J’ai tenté de bien me documenter afin que mes propos soient appuyés par des faits. Cependant, je crois qu’il est important de mentionner que, dans le spectre politique, je suis plutôt d’allégeance sociale-démocrate. Je ne suis affiliée à aucun parti, mais j’ai une tendance à voter à gauche. De plus, je considère que mes connaissances en politique sont en général assez limitées, ce qui pourrait m’empêcher d’avoir une vue d’ensemble. Toutefois, tous les arguments mentionnés ici sont le fruit de nombreuses heures de recherche exhaustive… en fait, comme à mon habitude!
***
Ça y est! Nous irons aux urnes le 2 mai (1)! Les raisons qui ont poussé les partis d’opposition à défaire le gouvernement actuel sont historiques : il s’agit de la première fois où un gouvernement est condamné pour outrage au parlement (2). Ces accusations sont la conséquence du refus du gouvernement Harper de divulguer les dépenses encourues par les projets de lois sur la justice criminelle, l’achat des avions militaires F-35 et les baisses d’impôts aux entreprises (3). Libéraux, Néo-démocrates et Bloquistes avaient peu d’avantages politiques à renverser le gouvernement. S’ils l’ont fait, c’est que cette fois-ci, c’était la goutte qui a fait déborder le vase. (2) En effet, au cours de leurs mandats passés et présents, les Conservateurs ont commis pas moins de 70 accros à la démocratie parlementaire (4), tel que rapporté par le journaliste Lawrence Martin, dans son livre Harperland : The Politics of Control (5). Ici, je m’évertuerai à recenser les entorses de ce parti dans le travail fait à la chambre des communes, dans le contrôle et la diffusion de l’information et dans l’influence qu’il a sur des institutions qui autrement seraient neutres. Ensuite, je partagerai avec vous quelques réflexions sur la campagne électorale à venir.
Dans cette discussion entre Allan Gregg et Lawrence Martin, l’auteur d’Harperland avance que le gouvernement conservateur a développé une politique de contrôle du pouvoir étatique au bureau du premier ministre.
Le gouvernement Harper s’amuse souvent à faire fi du rôle démocratique joué par la chambre des communes. La prorogation y semble populaire! Ainsi, il a d’abord suspendu les travaux parlementaires en septembre 2007. Jack Layton, à l’époque, lui avait reproché de faire perdre du temps aux élus (6). Cela dit, une blogueuse note que ce temps d’arrêt n’a pas été condamné fortement, puisqu’il n’est pas apparu pour couper l’herbe sous les pieds de l’opposition, mais plutôt pour instaurer de nouvelles politiques législatives (7). Soit. Cependant, en 2008, la session parlementaire a été ajournée, en réaction à la crise politique qui sévissait alors, puisque les trois partis de l’opposition proposait de former une coalition pour renverser le gouvernement (8). De retour en chambre, l’opinion publique, nourrie par les critiques des Conservateurs, était devenue défavorable à l’alliance, comme le mentionne un autre blogueur (9). Le parti a utilisé la même stratégie en 2009 afin d’éviter, selon l’opposition, de répondre à des questions embarrassantes au sujet de la complicité canadienne à la torture de prisonnier afghan (10). La prorogation a été vertement critiquée, de la part, entre autres, de plus d’une centaine d’intellectuels (11), mais aussi de la population canadienne : 200 000 personnes ont joint un groupe Facebook dénonçant la décision (12). Il faut dire que plus de 30 projets de loi furent abolis (13), tout comme les travaux réalisés auparavant au sein des comités (14). Malgré les reproches, Harper entend bien menacer le parlement de futures interruptions, une fois par année, si nécessaire (15)! Ce genre de comportement laisse croire que le gouvernement actuel a très peu en estime le travail effectué à la chambre des communes.
Lorsqu’il n’est pas en pause, le gouvernement Harper n’est pas pour autant plus efficace. Il refuse souvent de répondre aux questions des partis de l’opposition ou à celles des journalistes, comme il l’a fait les trois jours précédents le vote de censure du 25 mars 2011 (16) ou avant la prorogation de 2009-2010 (10). Harper aime aussi s’absenter de la chambre des communes, où on ne l’a pas vu du 22 au 25 mars 2011 (17), alors que l’atmosphère pré-électorale aurait requis sa présence. De plus, les journalistes qui comparent les années Harper, à celles de Chrétien, Mulroney ou Trudeau sont toujours étonnés par le peu de travail accompli (18). Hélène Buzzetti du Devoir considère que le bilan législatif d’Harper est assez frugal (19). D’autant plus que deux des projets de la loi sur la criminalité se sont révélés inutiles, voire esthétiques (20) et que certains seraient carrément inconstitutionnels (21)! Cependant, il y a pis : un document de 200 pages, remis seulement aux Conservateurs, décrivaient comment manipuler les comités parlementaires pour que leurs décisions se prennent en faveur du parti (22). Bref, on est en droit de se questionner sur ce que le gouvernement Harper a pu apporter côté législation ces dernières années.
Le manque de respect envers les instances démocratique se fait aussi sentir dans le contrôle et la diffusion d’information qu’exerce le gouvernement Harper. J’ai déjà mentionné que ses élus refusaient de répondre aux questions de l’opposition des journalistes ou des membres de l’opposition (10, 16). Toutefois Ottawa pratique aussi un contrôle strict quant aux demandes d’accès à l’information. Ainsi, seulement 16% des 35 000 demandes d’accès ont mené à une divulgation complète, comparativement à 40% il y a dix ans (23). Cela expliquerait peut-être pourquoi le Canada, dans une étude internationale sur la liberté d’accès à l’information faisait figure de bon dernier… (24) Mais si les Conservateurs diffusent les informations au compte-goutte, en bons stratèges, ils apprécient être montrés sous leur meilleur jour. On se souviendra que le ministre de l’Immigration, Jason Kenney, avait été accusé d’abus de pouvoir pour avoir apposé le logo du parti à un certificat d’excellence produit au cours de ses fonctions (25). Par ailleurs, si je me plais tant à écrire gouvernement Harper en italique depuis le début de cet article, c’est pour faire un clin d’œil à une directive envoyée aux fonctionnaires fédéraux de qualifier dorénavant le gouvernement du Canada par gouvernement Harper (26). Tout compte fait, il est donc possible de croire que le gouvernement… actuel
tente de manipuler son image médiatique au détriment du devoir de neutralité des instances démocratiques ou du droit à l’information des citoyens.
J’aimerais terminer ma liste de doléances par une petite compilation des cas d’ingérence des Conservateurs. D’abord, il y a Tony Clement, ministre de l’Industrie, qui a tenté d’influencer le Sénat – un Sénat non-élu, dois-je le rappeler – afin que ce dernier se prononce contre un projet de loi néo-démocrate qui permettrait aux compagnies pharmaceutiques de médicaments génériques de copier des médicaments brevetés et de les vendre à prix modique aux pays plus pauvres (27). Puis, remarquons le cas bien documenté de Bev Oda, où la ministre de Coopération internationale a refusé de financer l’organisme Kairos, falsifiant du coup, pour ainsi dire, un document de l’ACDI (Agence Canadienne du Développement International) (28). Ensuite, lors de la mise à pied de l’ex-commissaire à l’intégrité pour son rendement assez catastrophique, Ottawa a exigé qu’elle ne critique ni ne divulgue aucune information qui pourrait mettre dans l’embarras le gouvernement. En fait, la fuite de certains documents suggère qu’elle entretenait des relations privilégiées avec le bureau du Premier ministre. L’ensemble a fait dire au député néo-démocrate Pat Martin qu’elle a été utilisée plutôt comme marionnette, faire-valoir, pantin (vous la connaissez, vous, la bonne traduction de stooge?) et a été renvoyée lorsque le tout a été découvert. (29) Après, on devrait peut-être parler de la nomination à direction du CRTC (Conseil de la Radiodiffusion et des Télécommunications Canadiennes) de Tom Pentefountas, sans expérience dans le domaine, mais ami avec le directeur des communications du premier ministre, Dimitri Soudas. (30) Finissons le tout en rappelant que le gouvernement Harper est en ce moment accusé de fraude électorale pour avoir transféré des dépenses du parti Conservateur à ses candidats et ainsi dépenser plus que la limite permise par Élection Canada (31). Bon, il s’agit davantage d’un cas de malhonnêteté que d’ingérence – thème de ce paragraphe – mais je ne voulais pas passer sous silence cet inclassable qui demeure, à mon avis, une entrave importante à la démocratie, en déséquilibrant à sa manière le financement de chaque parti.
Force est de constater, pour faire suite à mon argumentaire, que – surprise! – j’éprouve une certaine crainte à voir les Conservateurs majoritaires au prochain gouvernement : après tout, il ne leur manque que 12 sièges (32). Pourtant, s’ils sont gagnants des intentions de vote, en pourcentage, ils ne sont voulus en majorité – par celle-ci, je définis 50%+1 – qu’en Alberta et dans les prairies.
Je me suis alors souvenue qu’en 2008, j’avais joint le groupe Facebook « je fais partie de la majorité de 62% » – ceux qui n’ont pas voté Harper -, en faveur de la probable coalition d’alors (33). Le groupe réagissait aux commentaires du premier ministre, qui affirmait à cette occasion qu’une coalition serait antidémocratique (8). Aujourd’hui, Harper reprend le même discours pour apeurer la population (34). Qu’on ne s’y méprenne pas, cependant! Ignatieff a nié vouloir former une alliance (35), bien que Duceppe soit ouvert à l’idée (34). De toute manière, le chef conservateur se contredit, puisque le concept lui plaisait bien, en 2004 (36). Si la coalition l’effraie maintenant, je pense que c’est plus pour des raisons stratégiques que démocratiques.
Sans coalition en vue et avec une possibilité de gouvernement conservateur majoritaire, j’en entends déjà rouspéter que le gouvernement, c’est d’la m*rde! C’est exactement, pourtant, la pire attitude à adopter. Dans l’émission The Hill Heats Up (voir référence 37, le vidéo ne s’intègre pas), Chantal Hébert, Allan Gregg et Andrew Coyne avançaient que les lacunes en matière de démocratie du gouvernement Harper étaient en partie dues au déclin de la culture politique, par le cynisme et le désengagement de ses citoyens. On proposait que les problèmes institutionnels et les faiblesses en matière d’imputabilité du gouvernement se règlent à l’aide de solutions législatives. Sauf que moi, je suis une grande idéaliste : pourquoi ne pas instaurer un scrutin proportionnel, ou encore une démocratie participative, voire directe? Bien sûr, je vois probablement tout en rose. Quelles solutions proposeriez-vous, pour votre part?
Bonnes élections à tous! La prochaine entrée, je vous jase de mode québécoise (parce que ça me tente et que mes intérêts sont diversifiés!).
RÉFÉRENCES
1 – http://www.cyberpresse.ca/actualites/elections-federales/201103/26/01-4383421-les-canadiens-iront-aux-urnes-le-2-mai.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B13b_politique-canadienne_560_section_POS2
2 – http://www.cyberpresse.ca/le-droit/opinions/editoriaux/pierre-allard/201103/24/01-4382880-un-scrutin-historique.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_lire_aussi_4383421_article_POS1
3 – http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-canadienne/201103/22/01-4381773-le-gouvernement-coupable-doutrage-au-parlement.php
4 – http://allangregg.com/?p=57
5 – http://www.amazon.ca/Harperland-Politics-Control-Lawrence-Martin/dp/067006517X
6 – http://www.radioactif.com/nouvelles/nouvelle-harper_proroge_session_annonce-29228-2.html
7 – http://www.samaracanada.com/blog/post/Whats-prorogation-good-for-anyway.aspx
8 – http://en.wikipedia.org/wiki/2008%E2%80%932009_Canadian_parliamentary_dispute
9 – http://politicsanditsdiscontents.blogspot.com/2011/03/harpers-uncanny-ability-to-maintain-his.html
10 – http://www.economist.com/node/15211862
11 – http://www.ledevoir.com/politique/canada/280795/plus-de-100-intellectuels-denoncent-la-prorogation
12 – http://www2.macleans.ca/2010/12/31/the-year-in-parliamentary-democracy/
13 – http://www.theglobeandmail.com/news/politics/harper-to-shut-down-parliament/article1414830/
14 – http://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_politique_canadienne_de_2008
15 – http://www.ledevoir.com/politique/canada/280668/prorogation-de-la-session-harper-pourrait-faire-la-meme-chose-tous-les-ans
16 – http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/dossiers/elections-federales/201103/25/01-4383190-le-gouvernement-harper-defait.php
17 – http://twitter.com/#!/HBuzzetti
18 – http://www.ledevoir.com/politique/canada/315275/cinq-ans-de-pouvoir-minoritaire-le-survivant
19 – http://www.ledevoir.com/politique/canada/319707/bilan-du-gouvernement-harper-menu-legislatif-frugal
20 – http://www.ledevoir.com/politique/canada/318963/justice-ottawa-reconnait-l-inutilite-de-deux-de-ses-projets-de-loi
21 – http://www.ledevoir.com/politique/canada/319715/lutte-contre-le-crime-les-lois-de-harper-sont-inconstitutionnelles
22 – http://www.canada.com/calgaryherald/columnists/story.html?id=b8122d51-95e8-4b29-b99b-34217406425d
23 – http://unseatharper.ca/blocking-information.php
24 – http://www.theglobeandmail.com/news/politics/canada-ranks-last-in-freedom-of-information-study/article1863083/page1/
25 – http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-canadienne/201103/08/01-4377351-affaire-jason-kenney-les-liberaux-demandent-une-enquete.php
26 – http://www.radio-canada.ca/nouvelles/National/2011/03/03/004-gouvernement-harper-communications.shtml
27 – http://www.theglobeandmail.com/news/politics/ottawa-notebook/tony-clement-urges-senators-to-block-generic-drug-legislation/article1955588/
28 – http://fr.canoe.ca/infos/quebeccanada/archives/2011/03/20110318-201746.html
29 – http://www.montrealgazette.com/Integrity+commissioner+severance+fails+smell+test/4403297/story.html
30 – http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/medias-et-telecoms/201102/08/01-4367948-tom-pentefountas-au-crtc-une-nomination-qui-seme-linquietude.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4369918_article_POS2
31 – http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-canadienne/201103/01/01-4375113-fraude-electorale-revers-des-conservateurs-en-appel.php
32 – http://www.journalpioneer.com/Canada—World/Arts/2011-03-27/article-2370444/Stephen-Harper-semble-utiliser-la-peur-pour-obtenir-un-gouvernement-majoritaire/1
33 – https://www.facebook.com/group.php?gid=37994407715&ref=mf
34 – http://fr.canoe.ca/infos/quebeccanada/federales2011/archives/2011/03/20110326-014823.html
35 – http://www.cyberpresse.ca/actualites/elections-federales/201103/26/01-4383424-pas-de-coalition-dit-ignatieff.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4383421_article_POS3
36 – http://www.cbc.ca/news/politics/canadavotes2011/story/2011/03/26/cv-campaign-sunday.html
37 – http://www.cbc.ca/thenational/indepthanalysis/atissue/story/2011/03/10/thenational-atissue-110310.html
Dernièrement, mon amie Marianne et moi visionnions le documentaire L’éloge du chiac, du québécois Michel Brault. Le film fait état de l’ambivalence linguistique de la communauté acadienne, prise entre l’anglais, le français et cette langue à la position mitoyenne et souvent dénigrée, le chiac. Si vous avez une petite demi-heure, je vous invite aussi à le regarder.
L’exposé de Brault fut à la source d’une discussion très fertile et pertinente avec mon amie. Nous avons élaboré sur le rapport qu’entretient la langue avec la norme mais aussi sur les communautés francophones canadiennes en général. Pour ma part, j’aimerais d’abord aborder cet aspect avant de poursuivre avec questions de nature plus linguistiques.
Le passage à l’identité québécoise et ses conséquences sur les autres francophones canadiens
Dans son film, Pis nous autres, dans tout ça?, la cinéaste franco-ontarienne Andréanne Germain raconte comment, avec la montée du nationalisme québécois, la fête de la Saint-Jean-Baptiste a perdu sa connotation canadienne-française pour devenir québécoise. Cela cause un certain malaise chez les franco-ontariens, qui parlent bel et bien français mais qui se sentent rejetés – ou du moins, simplement ignorés - par les Québécois.
Cette question est également amené par l’équipe de Volt (celle qui a enfanté les compatriotes des pieds dans la marge!) qui a parodié Culture en péril, la vidéo virale qui dénonçait les coupures en culture du gouvernement fédéral sous Stephen Harper. (1)
À la vue de cet extrait, j’ai d’abord été choquée. J’imaginais mal comment d’autres francophones pouvaient se moquer des Québécois. Mais j’ai aussi compris. La communauté franco-ontarienne est la communauté canadienne d’origine française la plus importante après celle du Québec, avec environ 500 000 locuteurs. (2) Pourtant, c’est un fait plutôt méconnu de ce côté-ci de la frontière.
En fait, j’ai l’impression que le Québec s’intéresse très peu à ce qui se passe chez les francophones qui n’habitent pas la province. Ainsi, on annonçait récemment que Services Canada réorganisait ses services dans les provinces de l’Atlantique, ce qui aurait un effet sur la langue de travail de ses employés, qui devront dorénavant communiquer à l’interne seulement en anglais. Le problème a été dénoncé par le député d’Acadie-Bathurst, Yvon Godin (3) mais, à ma connaissance, ses collègues québécois ne lui ont pas porté secours. Ça me laisse perplexe, puisque pour moi, la défense des droits des francophones – que ça soit au Québec, ou dans le ROC – bénéficient à l’ensemble des locuteurs du français.
Je pense que l’arrivée du nationalisme québécois – et je comprends tout à fait les raisons de son apparition – s’est peut-être faite au détriment d’une identité plus large, canadienne-française. Lorsqu’on observe des chants folkloriques, comme un Canadien errant, on se rend compte qu’à l’époque, tous les Canadiens français s’identifiaient à la chanson. (4) Force est de constater qu’on divise maintenant les communautés francophones du Manitoba, de l’Ontario, du Québec et de l’Acadie, pour ne nommer que celles-là.
Il y a quelques années, des connaissances acadiennes m’ont dit craindre pour le fait français au Canada advenant la souveraineté québécoise. Leur inquiétude est pertinente. Mais je considère que l’avenir du français au Canada ne doit pas reposer seulement sur le Québec. Tous devraient s’unir pour mener à bien sa pérennité.
Aussi, on m’a avoué que certains Acadiens considéraient les Québécois comme étant snob, un peu comme les Québécois le font parfois vis-à-vis les Français. Je m’en vois désolée. C’est en effet une preuve supplémentaire démontrant un manque de solidarité, de part et d’autre. Solidarité que j’aimerais voir poindre davantage dans l’avenir. En effet, Jean-François Lisée rapportait que 75% des Canadiens hors Québec croient qu’il n’est pas important de parler les deux langues officielles, c’est-à-dire le français. Au Québec, le pourcentage diminuent à 15% – question de nous rappeler que la conception d’un bilinguisme institutionnalisé est bien asymétrique… (5) Bref, la survie du français – au Québec comme au Canada – dépend davantage de la volonté francophone qu’anglophone.
Le chiac, quelques considérations linguistiques
Comme je l’énonçais en introduction, L’éloge du chiac de Brault a orienté ma réflexion en deux temps : d’abord sur la place que réserve le Québec aux autres communautés francophones, ensuite, sur la relation entre la langue et la norme. Je m’intéresserai à ce dernier point ici.
Avant d’entamer ma réflexion, j’aimerais rappeler les deux types d’approche utilisée en grammaire. En premier lieu, il existe la bonne vieille grammaire normative, celle qui nous dicte les règles à suivre pour bien écrire. On la retrouve dans le bon vieux Grévisse, les tableaux de conjugaison et votre dictionnaire favori. En deuxième lieu – et c’est à partir d’elle que je poursuivrai cette analyse – il y a la grammaire descriptive. Cette dernière a pour objectif d’analyser et de décrire la langue telle qu’elle s’actualise. C’est en fait la grammaire des linguistes, qui ne prescrit ou ne proscrit aucun usage, s’attardant plutôt à étudier le langage, un peu comme un biologiste observe la nature. (6)
Le chiac a été dévalorisé parce qu’on le voyait comme un mélange impur entre le français et l’anglais. Pourtant, lorsqu’on considère la langue d’un point de vue descriptif, on se rend compte que cette façon de voir est trompeuse. Ce n’est pas parce que le chiac est une langue mixte – du moins, pour moi, c’est la caractérisation linguistique la plus plausible (7) – qu’elle est exempte de grammaire. Au contraire, des linguistes ont pu examiner et modéliser les règles de cette langue. (8) Cela me fait à mes cours de syntaxe, où on se penchait sur la grammaire du français québécois. Ainsi, à l’oral, au Québec, il est possible de dire Tu veux-tu du pain? ou encore Je peux-tu avoir du pain? mais pas Je puis-je avoir du pain? ni Est-ce que tu veux-tu du pain?. Les règles de ces structures syntaxiques ne se trouvent nulle part enseignées dans les livres d’école, mais pourtant elles existent. En fait, c’est une idée qu’on peut reconnaître dans la grammaire universelle de Chomsky, puisque le cerveau est structuré pour apprendre une grammaire (9) et même la générer, lorsqu’inexistante (par exemple, dans le cas des créoles) (10). Bref, le cerveau humain est tout à fait apte à inventer la grammaire des langues et c’est d’ailleurs ce que nous faisons depuis des siècles!

Le découpage des couleurs du français et du dannois. Image gîtant sur mon ordinateur dont j'ai oublié la source!
De plus, d’un point de vue linguistique, il faut se rappeler que les variantes régionales d’une langue donnée sont là pour décrire la réalité selon le contexte où elle évolue. L’hypothèse Sapir-Whorf énonce ainsi que la langue qu’on utilise influence notre perception du monde. (11) Par exemple, des chercheurs ont comparé le découpage des couleurs d’une langue à l’autre, ce qui démontre que la distinction des couleurs n’est pas universelle. Selon toute logique, je crois aussi que la pensée d’une communauté linguistique a des effets sur sa langue. Si le chiac existe, c’est que la façon de voir des Acadiens est à quelque part différente de la nôtre. C’est tout à fait normal, puisque leur réalité est également distincte!
Cela dit, il y a une raison beaucoup plus simple de valoriser la langue chiac. La langue est un des fondements de l’identité culturelle puisqu’elle est intrinsèquement liée à son héritage culturel (traduction libre – 12). Pour moi, une attaque au chiac est un affront à la culture acadienne. Je crois qu’on doit plutôt faire confiance aux individus pour choisir le dialecte qui correspond à la situation de communication. D’autre part, je pense que l’utilisation du chiac ne nuit pas nécessairement à l’apprentissage du français et de l’anglais. À ce sujet, j’aimerais faire un parallèle avec les messages textes. On a en effet découvert que ces derniers auraient des effets bénéfiques sur la littératie des enfants. (13) Cela laisse croire que les enfants sont capables de choisir le lexique approprié aux textos ou aux travaux scolaires. Je ne vois pas pourquoi les Acadiens seraient incapables de distinguer, eux aussi, les niveaux de langue entre français, chiac et anglais. Il s’agit de leur identité et j’espère qu’ils pourront la conserver – avec notre aide – encore longtemps. Et c’est ainsi qu’une nouvelle réalisatrice a réinterprété, quarante ans plus tard, les propos de Brault pour faire L’éloge du chiac, part 2, où elle invite maintenant les Acadiens à se réapproprier leur langue.
RÉFÉRENCES
1 – http://www.youtube.com/watch?v=n3HVFsIQ5M4&NR=1
2 - http://fr.wikipedia.org/wiki/Franco-Ontariens
3 – http://www.ledevoir.com/politique/canada/318513/services-canada-l-atlantique-unilingue
4 – http://www.thecanadianencyclopedia.com/index.cfm?PgNm=TCE&Params=Q1ARTQ0000596
5 – http://www2.lactualite.com/jean-francois-lisee/avis-de-deces-le-reve-de-pierre-trudeau/7610/
6 – http://fr.wikipedia.org/wiki/Grammaire_fran%C3%A7aise
7 – http://en.wikipedia.org/wiki/Mixed_language
8 – http://linggraduate.unm.edu/proceedings/HDLS%204%20Proceedings%202001.pdf
9 – http://fr.wikipedia.org/wiki/Grammaire_universelle
10 – http://en.wikipedia.org/wiki/Creole_language#Universalist_approaches
11 – http://en.wikipedia.org/wiki/Linguistic_relativity
12 - http://alenalki.com/index.php?option=com_content&task=view&id=265&Itemid=2
13 – http://rire.ctreq.qc.ca/2011/01/la-messagerie-texte-benefique-au-developpement-de-la-litteratie/
Dernièrement, je suis tombée sur deux articles de Christian Rioux (1,2) qui observait qu’hommes et femmes d’État européens remettaient en question le multiculturalisme. Ainsi, le journaliste rapportait les dernières sorties de David Cameron, premier ministre britannique, d’Angela Markel, chancelière allemande et de Nicolas Sarkozy, président français. Les trois constataient ce qui était pour eux l’échec des politiques multiculturelles européennes.
Alors que l’Europe s’interroge, on peut se questionner sur le modèle de l’intégration qui s’opère chez nous. Ainsi, dans une lettre ouverte adressée au Devoir, Gérard Bouchard (oui, celui-là même!) ainsi que ses cosignataires (un sociologue, un politologue et un analyste qui a travaillé pendant la commission) réaffirmaient qu’on devait relancer le débat sur l’interculturalisme. (3) Parallèlement, la sortie de Le Remède imaginaire : pourquoi l’immigration ne sauvera pas le Québec (4) a causé quelques réactions chez certains observateurs de la blogosphère (5, 6) et des médias imprimés (7, 8, 9, 10). Dans tous ces cas, il vaut donc la peine de se pencher sur la question.
Deux modèles à considérer
Le Canada a adopté sa politique du multiculturalisme en 1971 (11). Espérant se différencier du melting pot américain, il considère son multiculturalisme comme une forme de mosaïque. Quoi qu’énonce ces métaphores culinaire ou picturale, attardons-nous plutôt sur une définition officielle. Le gouvernement canadien décrit le multiculturalisme en deux temps. D’abord, le multiculturalisme est considéré comme un état de fait : la société est diversifiée, les citoyens provenant de divers groupes ethniques et linguistiques. Je crois qu’à ce sujet, on ne peut qu’agréer. Ensuite, le multiculturalisme est articulé autour d’une politique : le gouvernement fédéral se doit, en premier lieu, d’aider les groupes culturels à conserver, à affirmer leur identité et à participer à la vie démocratique; en deuxième lieu, d’aider les immigrants à apprendre une des deux langues officielles et en dernier lieu, de favoriser les échanges culturels entre les différents groupes. (12) Cette définition me pose problème ici, car dans son ambiguïté, on peut difficilement voir pourquoi certains s’opposeraient à cette politique. En fait, le concept qui la sous-tend suppose que tous les groupes ethniques sont à pied d’égalité. En pratique, cela peut conduire des pays à subventionner (ou du moins, à promouvoir) certains services à des communautés données. Par exemple, aux Pays-Bas, il existe des écoles, des hôpitaux et des universités islamiques. Mais cette éloge de la diversité se fait au détriment, selon les observateurs, d’une identité nationale. (2) À force de vouloir valoriser tous les groupes, on contribuerait à l’émergence de ghettos culturels. (13, 14) De là, on remet donc en question le sentiment d’appartenance et l’allégeance de tous ces groupes à une unité plus large, nationale.
C’est là qu’intervient la position québécoise face aux différents groupes ethnoculturels. Le Québec, contrairement au Canada, prône l’interculturalisme. Il se définit, selon Gérard Bouchard et Charles Taylor, comme étant une « politique ou [un] modèle préconisant des rapports harmonieux entre cultures, fondés sur l’échange intensif et axés sur un mode d’intégration qui ne cherche pas à abolir les différences, tout en favorisant la formation d’une identité commune ». (15) Pour résumer en d’autres termes, on y reconnaît donc une culture dominante, mais restant ouverte aux échanges interculturels, chaque communauté s’influençant l’une l’autre pour créer une culture commune.
Selon les mêmes auteurs, le multiculturalisme canadien ne convient pas à la réalité québécoise, parce que : « a) l’inquiétude par rapport à la langue n’est pas un facteur important au Canada anglais ; b) l’insécurité du minoritaire n’y est pas présente ; c) il n’existe plus de groupe ethnique majoritaire au Canada (les citoyens d’origine britannique y représentent 34 % de la population, alors que les citoyens d’origine canadienne-française forment au Québec une forte majorité d’environ 77%) ; d) il s’ensuit qu’au Canada anglais, on se préoccupe moins de la préservation d’une tradition culturelle fondatrice que de la cohésion nationale. » (16) L’interculturalisme est donc plus indiqué lorsqu’on veut préserver une identité et ses traditions nationales, un souci partagé par les Européens, en ce moment.
Concrètement, cette politique s’incarne, par exemple, par certaines mesures comme le Programme d’enseignement des langues d’origines (PELO). Ce dernier dispense des cours de langues d’origine dans les écoles (parfois, dans le cursus parascolaire), lorsque la densité d’une communauté linguistique le permet. En effet, chez les communautés linguistiques, il aurait été prouvé que la connaissance de sa langue maternelle améliore les compétences dans l’acquisition d’une langue seconde. De plus, les enfants dont on valorise ainsi la langue d’origine éprouverait un sentiment d’appartenance plus grand envers la culture scolaire d’accueil. Aussi, afin de favoriser les échanges interculturels, une proportion d’élèves de la culture d’accueil est aussi invitée à prendre part aux cours. De telles initiatives doivent être encouragées! Cela dit, malgré ses qualités, le programme n’est pas parfait et a été parfois critiqué, parfois remis en question (17, 18), comme toute mesure sociale, oserais-je dire.
Les performances canadiennes et québécoises en terme d’intégration
Jusqu’ici, donc, on peut être assez fier du modèle d’intégration québécois. Il semble être adapté à notre réalité de minorité linguistique et l’Europe aimerait recentrer ses politiques multiculturelles vers l’interculturalisme. Pourtant, lorsqu’on regarde de plus près les résultats de nos efforts, on est en droit de se questionner.
Ainsi, les chercheurs Dubreuil et Marois rapportent que le taux de chômage est plus grand chez les immigrants que chez les gens nés au Québec, qu’il augmente depuis les années 80 alors que les revenus des immigrants, eux, diminuent depuis la même année de référence et que les personnes immigrantes paient 61% des impôts par rapport aux gens nés ici. (10) Cela n’est guère mieux dans le reste du Canada, où on estimait que près de 78% des familles torontoises à faible revenus provenaient des minorités visibles. (19) On peut en conclure que malgré nos espérances, l’intégration québécoise ou canadienne ne réussit pas à rendre les immigrants – ou la société, par ricochet – plus prospères.
Il faut se demander si, socialement, on fait notre juste part pour aider les immigrants à s’intégrer. Dans notre province, alors que les quotas d’immigration augmentent, passant de 43 000 à 55 000 personnes par année (10), le Ministère québécois de l’immigration et Emploi Québec ont coupé dans le budget lié aux classes de francisation (20, 21). Puis, dans la seule région de Montréal, 10 des 21 centres locaux d’emploi ont fermé en 2008, ce qui doit certes avoir eu (je suppose) un impact sur l’aide en employabilité offerte aux immigrants. (22) Il faut aussi dire que d’autres programme de formation et d’insertion à l’emploi menacent de fermer leurs portes. (23) Dans les couloirs de l’établissement pour lequel je travaille, on chuchote aussi qu’Emploi Québec a cessé de référer les immigrants aux classe de francisation, ce qui fait drastiquement baisser les inscriptions aux classes. En effet, Emploi Québec payait les non-francophones pour qu’ils viennent étudier la langue de Molière – mais on nous dit alors que cela ne se fera plus. Je cherche toutefois une source fiable pour valider ce dernier point.
Bref, le rêve américain qu’on fait miroiter aux nouveaux arrivants, parfois même à coup de publicité (24), ne s’avère pas toujours vrai. Mais tout n’est pas noir non plus. Ainsi, au Québec, les enfants d’immigrants réussissent aussi bien à l’école que les enfants qui sont nés ici (25), voire légèrement mieux que les francophones (26). Ils feraient ainsi preuve de plus de résilience scolaire (26), une tendance qui se poursuit jusqu’à l’université (27). C’est qu’en général, les parents de ces jeunes valorisent et encouragent beaucoup leurs enfants dans leur parcours scolaire (26, 27).
De plus, il semblerait que le phénomène de ghettoïsation à l’américaine, où des quartiers entiers seraient habités par un groupe ethnique donné, ne soit pas vraiment présent au Canada. Certes, on reconnaît des quartiers multiethniques pauvres dans certaines grandes villes, mais la population reste diversifiée. (19)
Puis, il y aussi cette étude de la British Council et de Migration Policy Group, rapportée par la Presse canadienne, qui stipule que le Canada se situe en troisième place, derrière la Suède et le Portugal, dans ses mesures d’intégration des immigrants. L’étude comparant 31 pays, on peut croire que les efforts canadiens – et peut-être québécois – en intégration ne sont pas si vains. (28)
Valoriser l’immigration : un choix moral?
Le constat est donc mitigé : on pourrait affirmer que les immigrants venant au Québec – ou au Canada – semblent bien s’intégrer socialement mais beaucoup moins économiquement. Cependant, il apparaît que la société aussi, s’enrichirait davantage socialement (hypothèse toute personnelle, l’immigration favorisant l’ouverture à l’autre) qu’économiquement.
En effet, Dubreuil et Marois ont conclu que contrairement aux prémisses généralement acceptées, l’immigration n’apporterait pas plus de richesse dans le pays d’accueil, ne combattrait pas la dénatalité et ne répondrait pas nécessairement à la pénurie de travailleurs. À ce sujet, ils constatent que l’immigration n’augmente pas le PIB par habitant et a même un effet légèrement négatif sur les finances publiques. Ils notent qu’en 2030, en acceptant 60 000 immigrants par année, le Québec réussirait à retrancher seulement deux personnes âgées par tranche de 100 habitants, ce qui est négligeable. (10) Du reste, l’immigration n’arriverait pas à combler les départs à la retraite des baby boomers. En fait, selon les calculs actuels (que je ne reproduirai pas ici!), il faudrait 50 immigrants pour combler un seul emploi supplémentaire. (9)
Cela dit, je crois qu’on ne peut pas réduire l’apport de l’immigration à une simple équation économique et utilitariste. Pour moi, le pluralisme ethnolinguistique nous oblige à avoir un esprit ouvert sur la différence, éveillé à l’humanisme et réflexif sur ce qui compose nos valeurs et notre identité. Surtout que l’immigration, selon l’auteur Jeffrey Kaye (29), ne serait pas une conséquence des volontés individuelles ou étatiques mais bien économiques. Il affirme que les entreprises ont besoin de main-d’œuvre, au bon endroit et au bon moment et ce, sans égard pour les conséquences bonnes ou mauvaises que les migrations peuvent causer aux individus et aux sociétés. L’immigration proviendrait donc directement de la globalisation des marchés, où le savoir-faire humain, comme d’autres marchandises, peut s’exporter ou s’importer. (30) Dans cette perspective, l’immigration découlerait du capitalisme mondial et serait alors inéluctable. Ainsi, il est normal que les travailleurs soient attirés par les pays les plus puissants financièrement. Le rôle conjoint de l’État et des individus est surtout de s’assurer que le tout se fasse avec le plus de douceur possible.
Repenser l’identité nationale
Pour résumer, les migrations, encouragées par l’économie mondiale, sont là pour rester. Parallèlement, les politiques actuelles d’intégration de nos gouvernements ont des résultats partagés : nous ne vivons pas une aussi grande remise en question qu’en Europe mais nos nouveaux arrivants éprouvent aussi leur lot de difficultés.
De mon côté, je pense qu’un de nos problèmes réside dans le fait que nous appliquons encore peu, ou véritablement, l’interculturalisme. Dans mes interactions quotidiennes avec des membres des communautés culturelles, je n’ai pas l’impression qu’ils se sentent particulièrement Canadiens… et encore moins Québécois! Comme je l’ai aussi remarqué dans mes entrées précédentes, les natifs d’ici n’incluent pas vraiment les personnes venues d’ailleurs dans leurs productions médiatiques. C’est à croire que notre identité québécoise collective, pour l’instant, n’a pas réellement intégré les minorités ethnoculturelles comme faisant partie de sa réalité.
J’ai aussi noté, sur les blogues, notamment, d’autres inquiétudes face à l’immigration. Entre autres, Renart Léveillé écrit que les nouveaux arrivants adhèrent moins au projet de souveraineté d’une partie des Québécois et votent généralement en faveur du parti Libéral. (5) Ensuite, d’autres auteurs remarquent que les différences démographiques entre Montréal et les régions causeraient une «brisure » entre ces deux réalités (9) et que l’immigration à Montréal fragiliserait le français (8, 9). Quelques questions m’apparaissent plus légitimes, d’autres plus épineuses, mais je ne m’étendrai pas sur celles-ci. Il faudrait surtout en discuter plus longuement, collectivement, inclusivement. Et sur un ton bien différent de celui de la commission Bouchard-Taylor! Pour être en santé, une société a besoin de valoriser tous ses citoyens. Mais pour ce faire, ceux-ci doivent reconnaître le bien-fondé de ses institutions, ce qui passe nécessairement par une saine identité nationale.
RÉFÉRENCES et myriade de liens! ![]()
1 – http://www.ledevoir.com/international/europe/316247/royaume-uni-a-son-tour-david-cameron-condamne-le-multiculturalisme
2 – http://www.ledevoir.com/international/europe/317052/des-affaires-ben-laides
3 – http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/317874/apres-la-commission-bouchard-taylor-relancer-le-debat-sur-l-interculturalisme
4 - http://www.editionsboreal.qc.ca/catalogue/livres/remede-imaginaire-1868.html
5 – http://www.renartleveille.com/%C2%AB-le-que%CC%81bec-na-pas-besoin-dimmigration-%C2%BB
6 – http://www.josephfacal.org/une-bombe/
7 – http://www.24hmontreal.canoe.ca/24hmontreal/chroniques/mathieubockcote/archives/2011/03/20110302-082758.html
8 – http://www2.lactualite.com/jean-francois-lisee/immigration-des-verites-qui-derangent/7906/
9 – http://www.cyberpresse.ca/place-publique/editorialistes/andre-pratte/201103/02/01-4375336-le-poison-imaginaire.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_BO40_editoriaux_199_accueil_POS1
10 – http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/317698/le-miracle-de-l-immigration-n-aura-pas-lieu
11 – http://www.mta.ca/faculty/arts/canadian_studies/francais/realites/multi/#politique
12- http://www2.parl.gc.ca/content/lop/researchpublications/936-f.htm#alemulticulturalisme
13 - http://en.wikipedia.org/wiki/Criticism_of_multiculturalism#Canada
14 – http://books.google.com/books?id=YAYY2uXGS5oC&printsec=frontcover&dq=Mondialisation,+citoyennet%C3%A9+et+multiculturalisme&source=bl&ots=sFxbaaz54w&sig=siYra3ogiWaYloQCiKNOFxfWhGE&hl=en&ei=l090Tf7wAYH2gAfS_KxS&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0CBkQ6AEwAA#v=onepage&q&f=false
15 – http://www.radio-canada.ca/nouvelles/National/2008/05/23/008-Bouchard-Taylor_interculturali.shtml
16 – http://www.accommodements.qc.ca/documentation/rapports/rapport-final-abrege-fr.pdf
17 - http://remi.revues.org/398
18 – http://canada.metropolis.net/research-policy/litreviews/hel_rv/hel_rv06.html
19 – http://goliath.ecnext.com/coms2/gi_0199-5944769/Ghettos-in-Canada-s-cities.html
20 – http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-quebecoise/201004/09/01-4269053-le-pq-denonce-labolition-des-classes-de-francisation.php
21 – http://www.ledevoir.com/politique/quebec/287467/francisation-des-immigrants-quebec-coupe-encore
22 – http://www.radioactif.com/nouvelles/nouvelle-quebec_solidaire_denonce_fermeture-42340-2
23 – http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/318281/lettre-ouverte-au-ministre-raymond-bachand-une-place-pour-les-immigrantes-dans-le-budget
24 – http://www.azcentral.com/arizonarepublic/news/articles/0503canada03.html
25 – http://www.mels.gouv.qc.ca/sections/viepedagogique/152/index.asp?page=dossierB_3
26 – http://www.journalmetro.com/carrieres/article/427387–les-immigrants-quebecois-et-les-etudes-un-exemple-de-resilience
27 – http://www.cyberpresse.ca/le-droit/actualites/actualites-nationales/201011/14/01-4342657-les-immigrants-de-meilleurs-eleves-universitaires.php
28 – http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/317819/en-bref-integration-des-immigrants-le-canada-s-ameliore
29 – http://ca.wiley.com/WileyCDA/WileyTitle/productCd-047042334X.html
30 – http://media.wiley.com/product_data/excerpt/4X/04704233/047042334X.pdf
MISE EN GARDE :
Pour cette journée de la femme, j’avais envie d’aborder un sujet qui me tient à cœur : la pornographie et la place qu’elle réserve aux femmes. Considérant que ce sujet est épineux, je vous prie d’arrêter ici si ce thème vous rend mal à l’aise. Cela dit, je considère que mon texte, dans la perspective que j’utiliserai ici, convient à tout public.
Elles regardent, elles non plus
L’industrie mondiale de la pornographie se chiffrerait à 57 milliards de dollars. (1) On peut se questionner sur l’apport des femmes à ces profits. En fait – étonnamment, pourrait dire d’autres – selon les études, 60% des femmes regarderaient ce genre de productions. (2) Selon les études, elles constitueraient de 20 à 40 % des consommateurs (3, 4), le tiers des visites sur des sites web olé olé (5) et la moitié des requêtes sur les engins de recherche pour les mots sex et xxx (5).
Pour celles et ceux qui se questionnerait, s’il y a des femmes qui voient des films porno, c’est qu’elles y trouvent au moins une certaine forme de satisfaction. Selon une étude d’Ellen Laan, les femmes répondraient physiquement à une imagerie sexuelle, peu importe le type, mais affirmeraient préférer les films s’attardant au plaisir féminin. (6) C’est un point sur lequel il vaut la peine de se pencher.
L’industrie pornographique, féminisme et le plaisir au féminin
Lorsqu’on pense aux arguments traditionnels féministes contre la pornographie, on songe par exemple à la violence faite aux femmes (puisqu’on suppose que ce n’est pas la participation à tous les films qui soit désirée) ou encore à la réduction de la femme à un simple d’objet sexuel. (7) Ce sont des questions pertinentes et encore actuelles, mais on oublie un point fondamental : la pornographie, bien que consommée par de nombreuses femmes, ne s’intéresse pas à leur plaisir ou à leurs désirs. Lorsque les producteurs ciblent un film pour le public féminin, ils le feraient en créant des scènes douces, romantiques, voire stéréotypées. C’est en fait assez réducteur des goûts et des besoins des femmes en imagerie sexuelle, qui sont pluriels. (8) Pourtant, il semblerait que ce que les femmes recherchent, en pornographie, c’est surtout une sexualité authentique, avec des corps réels, représentant des scènes qu’elles aimeraient vivre. (9)
Pour moi, ce n’est donc pas le fait de consommer de la pornographie qui est dégradant, mais surtout que la pornographie populaire fait fi trop souvent de ce que la femme désire vivre dans sa sexualité. Cela dit, les féministes dites pro-sexe rejettent la condamnation gratuite de la pornographie. Une femme devrait être libre de faire ce qu’elle veut de son corps. (10) Elles affirment aussi que la pornographie pourrait même aider à émanciper la femme de ses rôles sociaux traditionnels, par exemple en la libérant de la perception traditionnelle qui veut que les femmes n’apprécient pas le sexe. (7)
C’est de cette manière qu’en Suède, l’Institut du film suédois, organisme gouvernemental, en est venu à financer un film pornographique filmé pour et par des femmes, qui souhaitaient prendre parole dans une industrie essentiellement masculine. (11) Car ce que je souhaite aux femmes, pour cette journée en leur honneur, c’est qu’elles puissent exprimer leurs besoins et leurs désirs sans répression et sans crainte qu’on puisse leur dire qu’elles démontrent une image dégradante du sexe féminin. Et si elles consomment de la pornographie, j’espère au moins qu’elle soit à leur image.
RÉFÉRENCES
1 – http://agora.qc.ca/dossiers/Pornographie
2 – http://www.pathol08.com/sexe/article.php?sid=58
3 – http://www.doctissimo.fr/html/sexualite/mag_2000/mag1222/se_3236_image_femme_porno.htm
4 – http://www.nytimes.com/2004/02/20/national/20FEM.html?ex=1078283538&ei=1&en=d2c929ce699dfa24
5 – http://www.familysafemedia.com/pornography_statistics.html
6 – http://www.bbc.co.uk/science/horizon/2003/sexchem.shtml
7 – http://en.wikipedia.org/wiki/Feminist_views_on_pornography
8 – http://violetblue.libsyn.com/index.php?post_id=108459
9 – http://www.nytimes.com/2004/02/20/us/women-tailor-sex-industry-to-their-eyes.html?pagewanted=3&src=pm
10 – http://www.secularhumanism.org/library/fi/mcelroy_17_4.html
11 – http://video.fr.ca.msn.com/watch/video/feminisme-et-pornographie-les-suedoises-pionnieres/16crejb1y
Suite à mon dernier article, j’aimerais apporter quelques précisions et pistes de réflexion supplémentaires.
D’abord, petit retour historique! Un ami qui partage mon enthousiasme envers le vidéoclip de Webster et Karim Ouellet m’a indiqué que, malgré les propos de la chanson, le projet de donner des couvertures infestées de varioles n’a jamais été mené à terme. En fait, selon mes recherches, un tel projet fut discuté entre deux officiers britanniques, Amherst et Bouquet. Certes, des couvertures provenant d’un hôpital pour varioleux ont été données à des Amérindiens, mais dans un but plus humanitaire que militaire. La variole, à l’époque était aussi une maladie répandue et les Amérindiens qui l’ont attrapée n’avait pas besoin de couvertures pour être inoculés…
Ensuite, suite à la lecture du commentaire d’Elisabeth, je me suis rendu compte que je n’avais pas comparé la représentativité télévisuelle entre Québec et États-Unis. À ce sujet, il semblerait que nos voisins américains soient plus justes envers les Noirs, alors que la représentation des autres minorités laisse à désirer. En effet, les afro-américains seraient représentés en proportion égale à leur poids démographique, soit environ à 12%. De plus, bien que leurs rôles aient été stéréotypés dans les années 60 aux années 80, on note aujourd’hui que les personnages noirs – notamment dans les comédies – jouent un rôle aussi importants et valorisés que les Blancs. Toutefois, ce ne sont pas toutes les minorités qui jouissent de la même couverture. Ainsi, au cours des années 90, on notait que seulement 3% des personnages étasuniens étaient latinos-américains (pour environ le dixième de la population du pays) et que seulement 1% des rôles attribués étaient pour des rôles principaux. De ce nombre, 77% de ces personnages étaient impliqués dans une scène de crime…
Puis, en faisant ces recherches, d’autres de mes hypothèses ont aussi trouvé écho dans les études sur le sujet. Ainsi, sans surprise, la façon dont les médias représenteraient les minorités influencerait notre perception. Ces communautés interagiraient alors différemment avec la majorité.
Le white privilege
Cette notion m’amène à aborder celle du white privilege – un concept que j’avais déjà étudié auparavant mais actualisé grâce à ce vidéo partagé par mon gentil coloc. On y voit deux acteurs tenter de voler un vélo : un Noir et un Blanc. Or, on constate avec effroi que les gens sont beaucoup plus prompts à soupçonner l’homme noir que blanc, préjugés aidant. D’ailleurs, l’expérience n’est pas sans me rappeler l’histoire de ce journaliste qui s’était déguisé en noir pendant une semaine.
Cela m’a fait alors penser à ce texte de Peggy McIntosh, abordé dans mon cours d’éducation multiculturelle. Elle y définissait le white privilege en le mettant en parallèle avec la pensée féministe. Selon elle, les hommes reconnaissent mal qu’ils sont privilégiés par rapport aux femmes, bien qu’ironie du sort, ils admettent que les femmes soient moins socialement favorisées. De la même manière, il faudrait concéder que si les Noirs sont peu favorisés c’est que la population caucasienne l’est, elle! Pour prouver son point, McIntosh a énuméré une multitude d’actions quotidiennes qui étaient plus faciles pour elle, en tant que Blanche. Par exemple, elle peut acheter un pansement adapté à la couleur de sa peau et n’est jamais obligée de parler pour sa race dans un groupe. L’auteure note aussi comment il lui est facile de louer ou d’acheter un logement abordable. Cette observation semble être corrélée par les statistiques, alors que la wikipédie (comme je me plais à l’appeler) rapporte que (traduction personnelle) :
- 60 à 90% des logements offerts aux Blancs ne le sont pas aux Noirs;
- 72% des Blancs possèdent leur maison, contre 48,1% des afro-américains;
- Les caucasiens ont 50% moins de chance d’être refusés pour une hypothèque par rapport aux personnes noires.
Le militant et coloré Tim Wise décrit en détails les cause de ce racisme, qu’il croit institutionnalisé. Ainsi, la dichotomie Noir/Blanc n’était pas aussi présente au début de la colonisation en Amérique. Elle a été implantée afin que les classes dirigeantes puissent conserver leurs pouvoirs économiques et politiques sur celles des classes ouvrières, alors noires et blanches. En fait, il s’agit de la bonne vieille stratégie de diviser pour régner! Ce stratagème semble encore perdurer aujourd’hui, alors qu’en Nouvelle Orléans, la classe ouvrière blanche s’oppose à la noire, pour des raisons raciales plutôt qu’économiques. La situation désavantage pourtant les deux groupes, qui autrement, pourraient élire des politiciens aux politiques économiques plus progressistes. Son argumentaire, que j’espère avoir bien résumé, est énergiquement démontré dans le vidéo suivant.
J’en conclus donc que le racisme – à supposer que l’exemple étasunien s’applique ici – me paraît bel et bien institutionnalisé et que j’en tire involontairement avantage chaque jour. On prend mes opinions en compte, je suis représentée dans les médias, j’éprouve de la facilité à obtenir emploi et logement, je m’assois dans le bus sans être observée, bref, j’ai une chance incroyable d’être blanche!
Étrangement, je ressens un certain malaise à être jugée par la couleur de ma peau, plutôt que par mes qualités intrinsèques…
Pour ceux que ça intéresse…
Mon amie Elisabeth vient de me transmettre ce lien. Le groupe de recherche et d’observation sur les usages et cultures médiatiques de l’UQÀM cherche des candidats français, algériens, tunisiens, marocains, haïtiens et québécois pour étudier l’identité et la transnationalité. Ça promet! Décidément, je suis bien entourée!
Un peu plus tôt ce mois-ci, je suis tombée sur le vidéoclip du rappeur Webster. Il y dénonce l’absence des Noirs et des autres minorités des cours d’histoire québécois.
En ce mois d’histoire des Noirs, je me suis demandé si moi-même je célébrais la diversité ou si, du moins, je tentais par mes propres actions de diminuer le racisme qui perdure.
Eh bien non.
Alors je me console péniblement en me disant que je ne suis pas seule…
Dans l’institution pour laquelle je travaille, aucun mot sur ledit mois. Il faut dire qu’on a promu beaucoup la persévérance scolaire, à grand coup de p’tits rubans verts, de rappels médiatiques et de promesse de tableaux blancs interactifs…
Dans les médias, je n’ai pas trouvé de quoi me sustenter. Le Devoir (auquel je suis abonnée – ne pas s’étonner donc qu’il deviendra une de mes principales sources d’information) constatait plutôt que le Québec était dans le déni du racisme. À lire les commentaires rapportant qu’on laissait trop de place aux immigrants, je serais assez d’accord avec les propos du journal.
Représentativité médiatique : un problème plus large
À mon arrivée à Côte-des-Neiges, en 2005, j’ai eu un choc culturel : 45% de la population provenait de l’immigration et parmi ce pourcentage, environ le tiers était issu de l’immigration récente. J’en suis venue à me questionner : les immigrants étaient-ils aussi présents dans les médias que dans les rues de mon quartier d’adoption?
Premier constat plutôt optimiste, les minorités visibles et ethniques formeraient 13% de la population canadienne et seraient, dans l’univers télévisuel, respectivement représentées dans le Rest of Canada et au Québec à 13,5% et à 11,6%. Mais là où le bât blesse, comme le rapporte le réseau d’éducation aux médias, c’est que la plupart des rôles attribués aux minorités visibles sont soit mineurs, soit stéréotypés. Pis, on y rapportait qu’à Hollywood, seulement 7% des scénaristes proviendraient d’une minorité, alors que la population étasunienne compterait 12,6% d’immigrants et 12,9% d’afro-américains. C’est d’autant plus grave qu’environ 83% de ces auteurs n’écrivaient que pour des émissions où des acteurs noirs étaient à l’avant-plan.
Dans la publicité, la situation s’aggrave. En 1986, lorsque la Fondation canadienne de la publicité commanda une étude sur la diversité culturelle, on observa qu’ aucune minorité visible n’était représentée! Bien que je suppose que la proportion ait augmentée depuis (je n’ai pas réussi à trouver des informations suffisantes pour la quantifier), j’ai encore de la difficulté à trouver des têtes noires, basanés ou asiatiques dans les pubs que je croise quotidiennement dans le métro… Par contre, aux États-Unis, la situation semble s’améliorer : 33% des pubs contiendraient des acteurs afro-américains. Tout n’est pas rose cependant, la communauté hispanique étant sous-représentée (12,5% de la population contre 6% des messages publicitaires).
Cela dit, ce portrait général est à nuancer. Peut-être que la présence médiatique des communautés culturelles est aussi corrélée aux données de l’audimat. En effet, selon un sondage Léger Marketing, seulement 52% des minorités ethnoculturelles s’informeraient grâce à la télévision francophone. C’est l’œuf ou la poule. Les problèmes rapportés dans la représentativité médiatique sont peut-être une conséquence de leur faible poids dans les côtes d’écoute. Cependant, il est aussi probable que le type de rôle attribué et les stéréotypes véhiculés n’aident pas à augmenter la popularité de la télévision québécoise chez les minorités visibles et culturelles.
On peut aussi s’interroger sur le lien entre la perpétuation des stéréotypes raciaux et le profilage qui s’en suit. Il est ainsi rapporté que 80% de la population blanche associe d’emblée des visages à la peau pâle au bien et à la peau plus foncée à quelque chose de mauvais. Cela explique probablement le manque d’attirance des femmes blanches envers les personnes de couleur noire dans les sites de rencontre (comportement aussi présent chez moi, j’en ai bien honte!) et le profilage racial qu’on dénonce souvent chez les policiers.
Je considère de plus que cette perception (ou médiatisation) biaisée a des conséquences sur les critères actuels de beauté. En effet, 40% des femmes originaires de Malaisie, de Hong Kong, des Philippines et de Corée du Sud utiliseraient des produits pour blanchir leur peau. Dans l’industrie de la mode, la cinéaste Elizabeth St. Phillip a aussi remarqué combien il était difficile pour une mannequin noire de percer dans le milieu, surtout si elle avait des traits afro-américains.
Par conséquent, je crois que le manque de reconnaissance des communautés noires et culturelles n’est pas qu’historique mais bien ancré dans la réalité. Et sur ce, je vais aller écouter une télésérie où les méchants sont des latinos-américains…